Ma chère et tendre lectrice,
Comme vous l'aurez constaté, les mots employés au cours de nos échanges ont progressivement évolués et pris des tons de plus en plus
neutres. C'est la couleur de la solitude.
Non pas celle du naufragé sur son île pour qui l’horizon lui permet d’étirer le regard vers la civilisation et d'espérer mais celle de
l’humain entouré de milliers d’autres qui lui démontrent que la solitude n’a pas de rivage.
C'est une manière de vivre parmi les gens sans être vu, ni même entendu.
Quant à nos écrits, ils ne peuvent désormais franchir le mur de la cécité des cœurs, les yeux ayant depuis longtemps jeté leur dévolu
sur d’autres formes d’expressions.
Une communication, qui se veut virtuelle, ne cesse de grandir, masquant ainsi les dernières espérances de l'auteur face à la page
qui, elle, ne change ni de dimension, ni de contenu.
D'un blanc évoquant plus le deuil qu'une naissance, elle attend que viennent se coucher les idées. Ces idées qui n'auront pas de temps
pour vivre puisque aucun regard ne leur en donnera le moindre espoir. Linceul des idées, la page est promise à le devenir.
D'ailleurs, je l'ai bien vu, hier au salon. Un lecteur s'est approché du stand de mon éditeur, a pris un exemplaire de mon livre qui lui
faisait les yeux doux, l'implorant de lui céder quelque chaleur humaine d'entre ses mains.
L'homme a ouvert le livre, y plongea un regard, puis son pouce s'est mis à glisser sur la tranche. Les pages émirent une sorte de
plainte tandis que je pus apercevoir les mots s'en détacher et s'envoler avec le vent produit par tant de désinvolture de l'impossible acheteur. Nos regards se croisèrent, le sien était
vide.
Je suis l'imagination, l'auteur, le Livre. Sans doute deviendrai-je l'unique lecteur mais après tout qu'importe pourvu que je puisse
vivre ma vie au travers de celle que je me propose de lui offrir.
Le monde du golf, tel que je le vis, ne serait-il pas que le fruit de mon imagination ?
Les rencontres sont rarement fortuites et celle d'aujourd'hui ne quittera pas ma mémoire avec pourtant, un sentiment de frustration puisque noyée dans le plaisir des retrouvailles, du bruit de la fête du livre, je ne me suis guère intéressée à votre premier roman. Aucune question de ma part... Pour une personne curieuse et toujours à l'affût d'une belle découverte, voilà qui me laisse un goût amer. Une prochaine fois... sans aucun doute.
Amitiés,
Catherine