Présentation

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Traits de plume
La quatrième vie du golfeur : Le temps de l'apprentissage.
Le chemin du practice, cet endroit aux multiples et fugaces états de l'âme du futur golfeur, est maintenant devenu familier à notre débutant mais l'euphorie, dont il témoignait lors de ses précédentes visites, s'est muée en désenchantements, surtout depuis que Mathieu, son voisin, lui a donné quelques conseils, un soir, sur sa pelouse.
Il pense constamment au grip, au stance, à l'alignement des épaules, à celui des hanches et trouve que la technique de ce jeu est obsédante.
Chez lui, il ne peut plus passer devant un miroir sans s'y arrêter quelques instants pour contrôler sa position et simuler un geste avec un club imaginaire. Il commence à regretter l'époque où le tennis lui apportait d'autres réflexions mais surtout, un adversaire omniprésent de l'autre côté du filet. A présent, cet adversaire qui, plus d'une fois, lui avait servi d'excuse pour justifier ses piètres performances, lui manque. Désormais il est seul, face à lui-même, et ce qu'il perçoit ne le satisfait pas toujours.
Commencerait-il à entrevoir la réalité de ce jeu ? Sûrement pas car il poserait là, 'les armes'.
Il s'entête au contraire sur son tapis de practice alors que l'heure tourne. Les dernières balles de son seau épuisées, il picore celles qui traînent devant lui quand, miracle, la trajectoire de la dernière balle qu'il envoie est parfaite. C'est une des multiples facettes du golf que celle de mettre à la portée du débutant 'le coup parfait', tout au moins, la sensation de l'avoir réalisé.
Il ne peut en rester là, il lui faut confirmer cette indescriptible sensation de bonheur. C'est tout à fait nouveau pour lui, cette émotion prenant sa source dans un coup de golf réussi. Il jette un coup d'œil à sa montre, cherche une pièce de monnaie dans sa poche et se dirige vers la machine pour reprendre un seau de balle. Le dernier, promis.
Les uns après les autres, les gestes s'enchaînent bien trop rapidement. Pressé de retrouver cette sensation fugitive qui l'a séduit, il y a quelques minutes à peine, il vide son seau en un rien de temps et c'est avec un sentiment de frustration qu'il lui faut quitter son terrain de jeu. Les obligations familiales l'attendent.
Pendant le trajet du retour, insatisfait, il réalise, tout en conduisant, qu'il doit s'y prendre autrement. Trop de lacunes font obstacles à sa progression. Son voisin avait raison : il lui faut sérieusement définir et planifier des objectifs raisonnables à atteindre.
Le rythme de sa vie va changer. Son agenda n'est plus ponctué de week-ends de farniente, de jardinage et de visites chez des amis mais de rencontres avec le professeur de golf, les seaux de balles et les fameux panneaux des cent cinquante et deux cents mètres.
Bientôt, de la joie de réussir ses coups d'antan, enfin ceux des dernières semaines, il n'en a plus qu'un vague souvenir car il vit désormais selon des cycles de joie et de déception que lui procurent ses séances de practice, qu'il voudrait quotidiennes.
Le golf lui parle mais il ne sait pas écouter et encore moins comprendre l'état d'esprit que ce jeu exige pour pouvoir le pratiquer correctement et en retirer de purs moments de bonheur.
Il est dans la phase du débutant à la poursuite de la sensation du coup parfait qui ne se produit qu'une fois ou deux, lors de chaque séance de practice, et encore !
Balle après balle, il essaie vainement de reproduire ce geste qui, en l'espace d'un instant, lui a fait découvrir toute l'ivresse à laquelle il pensait pouvoir s'abandonner. Hélas, installé au bar des chimères, à la poursuite de l'une d'entres elles, il ne fait que consommer des seaux de balles
Il lui arrive parfois d'entrevoir, de ressentir certains déclics, sur quelques coups de practice et cela l'incite à s'engager sur la voie d'une recherche plus approfondie sur les aspects techniques du golf.
Des nouveaux amis, relations de practice, jouant au golf depuis plus longtemps que lui, enfin deux ou trois ans seulement, lui donnent des conseils de plus en plus pointus, ce qui a pour effet de le faire douter des qualités de son professeur qui ne lui a jamais parlé, entre autre, du retard du club ou du facteur x, ce différentiel angulaire existant entre la rotation des hanches et celle du buste.
Il continue cependant à prendre des cours, sollicite toujours autour de lui les conseils amicaux lors de ses séances de practice jusqu'au jour où, un joueur, au swing magnifique et tout habillé de noir, apparaît sur le tapis vert, juste devant lui.
Subjugué par l'esthétisme du swing de cet étrange golfeur, notre débutant l'observe, cherchant visiblement à engager la conversation. Ce qu'il parviendra à faire. Au bout de quelques instants, ayant abordé l'indispensable volet technique de ce jeu, le golfeur au swing parfait lui déclarera :
« Comment vous ne connaissez pas ce livre ? Mais c'est le meilleur livre de chevet pour un golfeur ! »
A suivre
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