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Tchouang-Tseu rêva qu’il était un papillon puis, au réveil, se demanda s’il n’était pas un papillon rêvant qu’il était un homme.

Fable chinoise du IVème siècle av. J.C.

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Traits de plume

 


 

auteur chez Manuscrit.com

fait paraître son premier roman :

Réflexions dans le miroir du golf


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The Golfer Man




The Golfer Man  rêva qu’il était un champion jouant à Augusta sous les traits d’un simple golfeur puis, au réveil, se demanda s’il n’était pas un simple golfeur rêvant qu’il était un champion.
 

 

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La huitième vie du golfeur : Le temps de la révélation.


Quelques années après, toutes ses bonnes résolutions se sont peu à peu égarées tandis qu'il retombait dans ses habituels travers, nous retrouvons notre joueur de golf installé au pays de Cervantès, dans une région où la migration des golfeurs se mêle à celles d'autres d'espèces.


Il a tellement navigué sur les océans de la connaissance technique du golf et si souvent affronté les tempêtes de ses échecs que notre amoureux transi du golf est fatigué.

Follement épris de tout ce qui traite de la technique du swing de golf, il ne parvient pourtant pas à placer son club sur le chemin idéal du swing pour obtenir un mouvement efficace et régulier.


Un jour, sa femme, qui avait fini par se mettre aussi au golf, s'était risquée à lui donner son opinion :


« Tu connais tout du golf alors pense moins avec ta tête et plus avec ton corps ».


Cette simple phrase le préoccupait depuis des lustres. Il n'était pas doué, aussi s'était-il imaginé qu'une parfaite maîtrise de la technique du swing lui permettrait d'acquérir ce 'petit quelque chose' qu'il retrouvait chez ses amis, excellents joueurs.

Jouissant d'une totale liberté depuis sa mise anticipée sur la voie des loisirs à temps complet, il pense au golf, nuit et jour. Dans ce perfectionnisme technique exacerbé durant toutes ces années, il a commis une grave erreur : au golf, les pensées doivent aboutir à des sensations, même s'il s'agit de 'robotiser' un mouvement.


Au bord du renoncement, face à cette passion qu'il n'aura pu vivre complètement, il se prépare à reconnaître sa fragilité d'humain et songe à s'adresser aux dieux du golf car c'est sa dernière chance, un peu comme si c'était sa dernière vie. En vérité, c'est sa dernière vie ! Une vie qu'il veut consacrer au golf.


Le fait que ce golfeur, car il est golfeur dans l'âme, s'en remette à une instance supérieure mérite quelques explications car dans sa conception du Grand Tout, il ne peut être question d'esprit supérieur, ni de divinité qui régiraient nos existences et nos âmes.


Fallait-il qu'il fût en plein désarroi et son golf en perdition pour qu'il accepte de rejoindre la cohorte de ces fidèles en religion, qu'il taxait parfois de faiblesse car ne se suffisant pas à eux-mêmes face à l'adversité de la vie !


Il se souvient de ce jour  comme si c'était hier. Il se revoit lever les yeux vers le ciel et se rappelle, mot pour mot, la teneur de ses propos aux accents d'appel au secours. C'était bien plus que cela, c'était une prière !


C'est sous les apparences d'un professeur de golf, rencontré sur la Toile, que les Dieux du golf lui répondirent.

Cela faisait bien longtemps déjà qu'ils l'observaient et se demandaient s'il oserait, un jour, aller jusqu'à remettre en cause ses profondes convictions ... pour le golf.

La surprise passée, les Dieux furent ravis de l'arrivée de ce nouveau fidèle.

En effet, parvenir au stade où l'on perçoit la composante mystique du golf c'est à coup sûr, entrer dans les Ordres golfiques et rejoindre les plus fervents apôtres de cette religion.

P. Gilles, ce professeur dont il se demande encore aujourd'hui s'il a réellement existé ou s'il ne fût seulement que le fruit de son imagination, le guida jusqu'aux portes de la révélation.


Dans une sorte de rêve éveillé, les explications de Gilles lui parurent, on ne peut plus claires.

 

« Le golf n'est pas que technique et le swing de golf est un mouvement qui exige une parfaite maîtrise du corps. Mais surtout, les sensations sont les transmetteurs naturels de l'indispensable dialogue entre le Golf et le corps, l'esprit gérant les émotions ».

 

Il découvre qu'il est de moins en moins question de swing et de plus en question de sa propre personne : se contrôler mentalement et physiquement.

Désormais, le contenu de sa bibliothèque, si riche soit-elle, ne lui est plus d'un grand intérêt même s'il a la grille de lecture de ces livres, certes très bien faits, trop bien faits. Et quand il visionne le swing des champions de golf, les images lui parlent. Mieux, il les ressent dans son propre corps.


Il va disparaître du practice et des parcours pendant plusieurs mois. C'est dans le plus grand secret qu'il va volontairement oublier tout ce qu'il connait à propos de la technique du swing pour ne conserver que les bases fondamentales du golf et partir à la recherche des sensations, le langage d'un golf qui se vit plus qu'il ne se joue.


Sa traversée du désert, c'est avec un pendule qu'il la fera. Un concept, on ne peut plus simple et logique, dont lui avait parlé Gilles, ce mystérieux professeur.


Ce long cheminement de notre golfeur égaré n'est pas sans rappeler l'Alchimiste, le livre de Paulo Coelho. Transposés au golfeur, les métaphores de l'histoire contée par cet auteur nous indiquent que l'on va chercher bien loin, les solutions qui sont à notre portée ; quand nous ne les avons pas en nous.


Le concept du 'pendule-balancier' repose sur une loi physique, la pesanteur, sans laquelle l'homme ne pourrait pas vivre sur Terre. Grâce à elle, dans un swing de golf, il n'y a rien à faire sinon qu'à laisser faire.


Il ne faudra pas longtemps à notre golfeur pour devenir un observateur attentif de ce qui se passe entre le mouvement du club et celui de son corps. Il perçoit une étrange relation s'établir entre eux. Parfois le club prend l'initiative et le corps suit, parfois c'est le contraire, tout dépend de l'endroit où il se situe dans le swing. Seules les sensations, cet interprète muet, assurent l'indispensable dialogue entre les deux.


Il découvre que son esprit, n'ayant plus sa place dans cette osmose golfique, a rapidement trouvé un autre emploi qui le change profondément de son rôle de recteur technique intransigeant. Désormais, il s'occupe des émotions du joueur, de son calme, de sa patience, de son désir de bien faire, de la gestion du parcours, du plaisir de jouer.


Mais ce serait mal connaître son insatiable besoin de se poser des questions auxquelles il ne parvient pas toujours à trouver les réponses.


C'est le début d'une recherche quasi-mystique qui, peu à peu, va définir les contours du héros intérieur de notre joueur.


La technique du golf n'est qu'un moyen, non une finalité, et il commence à percevoir une certaine harmonie dans ses mouvements de golf pratiqués chaque jour avec un sand wedge.

Les sensations qui s'en dégagent, créent, quelque part dans son esprit, une étrange impression de bien-être, de paix, de confiance.


Il se sent habité par le Golf et forme un tout avec lui !

Plus tard, quand il aura repris le chemin des parcours de golf, son regard interrogatif sur la nature environnante le conduira vers une autre étape de sa perception du golf. Le golf deviendra alors un prisme au travers duquel, il pourra entrevoir le schéma du Grand Tout.


Lorsque ce joueur de golf décida de s'exclure du monde golfique de son club et même de celui de ses amis golfeurs, nombreux furent ceux qui, l'ayant vu jouer peu de temps auparavant, considérèrent sa démarche comme un renoncement, un adieu.

S'étant accroché à cette spiritualité complexe qu'il attribuait au golf comme le naufragé s'agrippe désespérément à un morceau de bois passant à sa portée, il savait qu'il ne devait pas, qu'il ne pouvait pas échouer. Sans le golf, les choses de sa vie ne seraient plus jamais les mêmes et cela il ne pouvait pas l'admettre.


Les semaines passèrent puis, il décida de reprendre le chemin du practice. Il y alla plusieurs fois par semaine avec une seule et même démarche, celle qui avait muri, chaque jour, en lui, dans le plus grand secret.

C'est sur son petit jeu qu'il expérimenta, grandeur nature, sa vision du swing de golf.

Le temps passa encore et des semaines après, il fit son premier parcours avec sa femme pour tester de la solidité de sa démarche. Les parcours en duo se poursuivirent. Se partageant le fairway, il frappait plusieurs balles tandis que sa femme en faisait de même sur l'autre moitié du fairway.

Les choses se passant pour le mieux, c'était le moment de reprendre contact avec son association pour rejouer en parties amicales seulement.


Sept mois s'étaient écoulés depuis la dernière partie qu'il avait jouée avec ses amis. Ce jour-là, il s'en souviendra toute sa vie. Il les avait quittés, brusquement, à la fin du sixième trou, empli de honte, de désespoir, de colère, tellement son jeu était horrible. Il ne pouvait plus frapper une seule balle correctement tandis que ses partenaires se confondaient, les uns après les autres, en paroles de réconfort à son égard.

A cette époque, après de longues années de golf, il était encore vingt cinq de handicap. Quelque chose d'inadmissible au regard de ses secrètes ambitions.


A présent, c'était un tout autre joueur qui s'apprêtait à reprendre sa place dans la vie associative. Les parties amicales se succédèrent, lui apportant à la fois de l'assurance et de très bons résultats, ce qui l'incita à reprendre le chemin des compétitions.

Ses amis, qui avaient appris les raisons de son éloignement temporaire, pouvaient aujourd'hui mesurer les progrès, que la refonte de son swing mais surtout sa manière de concevoir le golf avaient entraînés.

Les compétitions s'enchaînèrent et son handicap de jeu fondit à vue d'œil.

Un an et demi après sa descente aux enfers, il obtenait son handicap à un chiffre, ce qu'il s'était juré d'atteindre un jour.


Quand il se replonge dans son passé récent de golfeur, juste ces dix dernières années, il mesure alors toute la contradiction de l'humain à propos d'un jeu qui se pratique avec un club, une balle, en compagnie d'autres joueurs.

 

Au cours de son cheminement pour ce qui ne devait être qu'un jeu, il s'est découvert lui-même.

 

C'est la neuvième vie de notre golfeur qui commence.



Publié dans : Nouvelles
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